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Revue juridique

Responsabilité des dirigeants sportifs : Cas des suspensions de BENATIA et LETANG après OM-Lille

par
EAJF / A. VISTE
le
2/6/25

La Commission de discipline de la Fédération Française de Football (FFF) a très récemment sanctionné Medhi BENATIA, en sa qualité de directeur du football de l’OM, et également Olivier LETANG, alors président du LOSC, en raison de leur comportement lors du match opposant l’OM au LOSC, du 14 janvier 2025, en 16es de finale de la Coupe de France.

Contexte et faits à l’origine des sanctions

La rencontre entre l’OM et le LOSC fut marquée par une intense rivalité, et une forte pression, donnant lieu à des dépassements de comportement de la part des dirigeants des deux clubs, entraînant leur sanction par la commission de discipline de la FFF.

En effet, la gestion du temps additionnel a suscité une contestation de la part des dirigeants, puisque Medhi Benatia aurait adopté une attitude jugée déplacée à l’égard du quatrième arbitre. Tandis que Olivier Létang est descendu de la tribune et a saisi le bras de l’arbitre pour lui signifier que le temps additionnel avait été dépassé, geste perçu comme une tentative d’intimidation.

Ces comportements ont donc conduit à l’ouverture d’une enquête disciplinaire par la commission compétente.

En effet, après instruction du dossier, la commission de discipline a prononcé les sanctions. Medhi Benatia écope de trois mois de suspension ferme, accompagnés de trois mois avec sursis. Cette sanction s’ajoute à une précédente suspension infligée au regard de ses déclarations controversées sur l’arbitrage lors d’un OL-OM en septembre 2024.

Olivier Létang, quant-à-lui, écope d’un mois de suspension ferme, assorti d’un mois avec sursis.

Ces décisions illustrent la volonté de la FFF de sanctionner fermement les comportements inappropriés des dirigeants, afin de préserver l’intégrité des compétitions, et notamment le respect des instances arbitrales.

Olivier Létang et le quatrième arbitre du 16e de finale de Coupe de France entre l'OM et Lille


Analyse des sanctions disciplinaires

Les suspensions infligées à Medhi Benatia et Olivier Létang par la commission de discipline de la Fédération Française de Football (FFF) s’appuient sur un cadre juridique strict encadrant la discipline dans le football professionnel. Cette section vise à analyser la base légale de ces sanctions, en s’appuyant sur le règlement disciplinaire de la FFF, la jurisprudence existante et les critères retenus pour sanctionner les comportements des dirigeants sportifs.

En effet, les règles sont régies par le règlement disciplinaire de la FFF, qui permet de définir les infractions commises par les joueurs, entraîneurs, dirigeants et autres officiels. Mais, également par les Statuts de la LFP qui encadrent le comportement des acteurs du football dans les compétitions organisées.

En l’espèce, les sanctions reposent principalement sur les dispositions du règlement disciplinaire de la FFF relatives au respect des arbitres et à la discipline des dirigeants. En particulier, plusieurs articles sanctionnent les comportements inappropriés envers les officiels du match, incluant les critiques excessives, les contestations virulentes ou les atteintes physiques. Il est aussi possible de sanctionner les attitudes portant atteinte à l’image du football et à l’intégrité des compétitions.

Le cas d’Olivier Létang semble être une violation directe des dispositions interdisant tout contact physique avec un arbitre, ce qui justifie une sanction exemplaire. Pour Medhi Benatia, la récidive dans les critiques envers l’arbitrage a pu aggraver la sanction prononcée à son encontre.

La commission de discipline de la FFF se base sur différents critères d’évaluation pour déterminer le niveau de sanction. Elle va donc se baser sur la gravité des faits, le contexte du match, l’historique disciplinaire, ou encore l’impact sur l’image du football.

Ainsi, la fermeté des sanctions infligées à Benatia et Létang peut s’expliquer par une volonté de dissuasion et une cohérence avec les précédents disciplinaires récents.

Olivier Létang


La responsabilité des dirigeants sportifs

Les dirigeants sportifs ont un rôle clé dans la gestion et l’image de leur club, ce qui implique une responsabilité disciplinaire et éthique. En tant que représentants officiels, ils doivent adopter un comportement exemplaire envers les arbitres, les instances et le public. Toute atteinte à l’intégrité des compétitions, qu’il s’agisse de critiques excessives, de pressions sur les officiels ou de gestes déplacés, peut être lourdement sanctionnée, comme le montrent les cas de Medhi Benatia et Olivier Létang. Leur influence sur les joueurs et le staff renforce leur obligation de respecter les règles et d’éviter tout débordement émotionnel. Ainsi, la FFF et la LFP veillent à sanctionner fermement les comportements inappropriés pour garantir l’équité et l’autorité de l’arbitrage, assurant ainsi le bon déroulement des compétitions.

Perspectives et recours possibles

Les sanctions prononcées contre Medhi Benatia et Olivier Létang ouvrent plusieurs perspectives, notamment en matière de recours, mais aussi en ce qui concerne une éventuelle évolution réglementaire visant à mieux encadrer le comportement des dirigeants sportifs. Cette section explore les différentes options dont disposent les parties concernées ainsi que les enseignements que la FFF et la LFP pourraient tirer de cette affaire.

Selon le règlement disciplinaire de la FFF, les sanctions prises par la commission de discipline ne sont pas définitives et peuvent faire l’objet d’un appel devant la Commission Supérieure d’Appel de la fédération. Dans ce cadre, Medhi Benatia et l’OM ont déjà annoncé leur intention de contester la décision. Ils peuvent arguer d’une sanction excessive au regard de la gravité des faits reprochés et tenter d’obtenir une réduction de la durée de suspension.

Olivier Létang, quant à lui, n’a pas encore communiqué sur un éventuel appel. Sa sanction étant plus légère, il pourrait choisir de ne pas engager de procédure, d’autant plus que les appels ne garantissent pas toujours une réduction et peuvent même aboutir à une sanction maintenue ou aggravée.

L’issue de ces recours dépendra de plusieurs éléments, notamment des arguments avancés par la défense, des jurisprudences antérieures et de l’interprétation de la gravité des faits par la commission d’appel.

Medhi Benatia

Cette affaire rappelle que les dirigeants sportifs ont un rôle clé dans la gestion des tensions lors des compétitions.

Leur responsabilité ne se limite pas à la gestion administrative et financière de leur club : ils doivent également garantir un climat serein autour des rencontres et respecter l’intégrité des décisions arbitrales.

L’exemplarité des dirigeants est essentielle pour éviter une escalade des tensions et prévenir les incidents en tribunes ou sur le terrain. À terme, une meilleure prise de conscience de cette responsabilité pourrait permettre d’éviter de nouvelles sanctions et d’instaurer une relation plus apaisée entre les clubs et les instances disciplinaires.

Conclusion

Les sanctions infligées à Medhi Benatia et Olivier Létang illustrent la fermeté des instances disciplinaires du football français face aux comportements inappropriés des dirigeants sportifs. Au-delà des sanctions individuelles, cette affaire soulève des questions plus larges sur la gestion des tensions en compétition et la responsabilité des cadres dirigeants dans le respect de l’arbitrage.

À court terme, ces suspensions ont des conséquences immédiates pour les deux dirigeants et leurs clubs respectifs. Medhi Benatia, suspendu pour trois mois ferme, sera privé de toute fonction officielle au sein de l’OM, ce qui pourrait compliquer la gestion du mercato et des relations avec l’effectif. Olivier Létang, quant à lui, bien que sanctionné pour une période plus courte (un mois ferme), voit son image écornée, une situation peu idéale pour un président en pleine gestion des ambitions sportives du LOSC.

Sur un plan plus global, ces décisions impactent également l’image des clubs concernés. L’OM et le LOSC, deux institutions majeures du football français, se retrouvent associés à des comportements contestés, ce qui peut nourrir des tensions supplémentaires avec les instances et ternir leur relation avec l’arbitrage. La FFF cherche ainsi à préserver l’autorité des arbitres en imposant des sanctions exemplaires, mais cela pourrait aussi renforcer la défiance des clubs envers les instances disciplinaires.

L’avenir de cette affaire dépendra en partie des recours qui pourraient être déposés. Toutefois, au-delà de la question des sanctions, ce dossier met en lumière la nécessité d’un dialogue renforcé entre clubs et instances pour éviter de tels conflits à l’avenir. Il pourrait également conduire à une réflexion sur l’encadrement des dirigeants, afin d’instaurer un climat plus serein autour des matchs et de garantir l’intégrité des compétitions.

Cette affaire rappelle enfin que les dirigeants sportifs ont un rôle majeur dans la préservation du fair-play. Leur responsabilité dépasse la gestion quotidienne de leur club : ils doivent aussi être des garants du respect des règles et de l’arbitrage. Si cette prise de conscience s’impose, elle pourrait conduire à une évolution bénéfique dans la relation entre les clubs et les instances, évitant ainsi la répétition de tels incidents.